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 Les dernières nouvelles de la Promotion Maréchal PETAIN | 
Rubrique en cours de mise à jour |
|  LES CARNETS DE GUERRE DE JEAN LAPOUGE | Né le 9 septembre 1919 à Digne, Jean LAPOUGE est l'un de ces jeunes Français à qui la France doit la Liberté. Fils et petit-fils d'officier, il prépare Saint-Cyr u Prytanée militaire de La Flèche. Admis en 1940, il appartient à la promotion " Maréchal pétain ", l'une de ces trois promotions un peu particulières d'Aix-en-Provence sous le régime de Vichy. Seule la sienne y fera les deux ans réglementaires. Entré à l'Ecole Spéciale Militaire alors que la France vient de connaître la débâcle, il en sort alors que les armées allemandes sont au maximum de leur avance, aux portes de l'Egypte en Afrique et engagées dans Stalingrad en Russie. Nommé sous-lieutenant, il rejoint le 7ème Régiment de Tirailleurs Algériens à Sétif, en Algérie, où une section de tirailleurs lui est confiée. …/… Ayant reçu une éducation chrétienne, Jean Lapouge veut donner toute la place possible à sa foi dans l'exercice de son métier. Il a également été formé par le scoutisme, comme beaucoup d'officiers : scout à Oran, où il a fait ses études ; chef de troupe à Aix-en-Provence, alors qu'il était à Saint-Cyr. …/… Jeune officier, il aime ses hommes, mais il comprend vite que l'exercice de l'autorité nécessite quelques distances. …/… Où qu'il soit, il sait peu de choses des événements. Tout est trop loin, trop distant. Son attention est captée par l'immédiat : ses hommes, les combats…Là, dans ses propres rangs, rien ne lui échappe. …/… Malgré les événements, Jean Lapouge lit beaucoup, autant que ses responsabilités le lui permettent. On notera les titres des nombreux livres qui passent entre ses mains, des commentaires qu'il en fait, lectures qui nourrissent sa vie intérieure et lui apportent un enrichissement intellectuel et spirituel. …/…
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|  Présentation de l'ouvrage | Les carnets de guerre de Jean LAPOUGE concernent trois périodes : - la campagne de Tunisie, du 14 novembre 1942 au 18 mai 1943, où, chef de section de mitrailleuses, dans une armée dépourvue de matériels et de moyens. Il connaîtra le baptême du feu et recevra sa première citation, après avoir vu tomber autour de lui tous les chefs de section de sa compagnie. C'est le début d'une grande " baraka " qui va le préserver durant toute la guerre, alors que la plupart de ses compagnons disparaissent inexorablement et qu'il s'attend toujours à être le prochain.
- la campagne d'Italie, de décembre 1943 au 7 août 1944, où il va connaître les affrontements les plus durs, dans des conditions de vie rendues particulièrement difficiles par le cadre montagneux et un hiver rigoureux. Dans ces combats terribles, les hommes tombent en nombre, les officiers tués ne se comptent plus. On perçoit un Jean Lapouge partagé : " Que maudite soit la guerre ! " s'exclame-t-il au détour d'une page. Et plus loin : " j'aime la vie ". De façon inattendue, il exprime cet amour de la vie en citant intégralement, à la page du 17 janvier, les roses de Saadi, un poème de Marcelline Desbordes-Valmore !
Plus loin, on lit des passages de du Bellay, de Baudelaire, de Charles d'Orléans…dont le plus curieux est que l'on peut se demander comment, alors qu'il manque de tout, il parvient à se procurer ces livres…. Jean Lapouge est à nouveau cité plusieurs fois avant de connaître ses premières victoires : il traverse la Toscane en vainqueur : " C'est dans ces moments-là que j'aime la guerre ! "
- La Provence, du 8 au 29 août 1944. Après avoir débarqué, le 7ème RTA prend Aubagne et fonce sur Marseille. C'est là que, le 29 août, Jean Lapouge a la joie d'être désigné comme porte-drapeau de son régiment pour défiler sur le Vieux Port. C'est sur cette prise d'armes que s'achèvent ses carnets de guerre.
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|  Quelques extraits | Les notes que l'on va lire sont l'intégrale reproduction, à de légères retouches de forme près, du texte de deux carnets que j'ai traînés dans ma poche de capote tout au long des routes d'Italie. L'un était recouvert de toile cirée noire. L'autre de carton vert, renforcée au dos de cette toile gommée jaune qu'utilisent les Américains pour emballer leurs munitions. …./….
10 décembre 1942 - Pluie et brouillard. Je passe le plus clair de mon temps dans ma grotte. Je réfléchis beaucoup ou plutôt je pense, je remue des souvenirs. Je m'aperçois de la place que la VIème Aix tient dans ma vie, les images du tournoi, du camp de Luynes, les figures de mes scouts reviennent constamment à mon esprit. Cela est même un peu déprimant. Il n'est jamais très bon de repenser au passé, même un passé sain et viril comme celui-ci. Je lis, relis et médite l'Echelle de Jacob de Gustave Thibon, qui est d'une profondeur étonnante. Hier soir, le capitaine a dit incidemment qu'il sortait du Prytanée. Surprise commune. Nous avons parlé du Bahut : il m'a serré la main plus fort que d'habitude.
23 décembre 1942 - j'ai oublié de marquer hier que la pluie continue, agréablement mêlée au vent. Cette nuit, je me suis réveillé avec caleçon et chemise trempés : une gouttière juste au-dessus du ventre. Toujours pas de nouvelles des opérations, sinon des tuyaux plus ou moins fantaisistes. Dans deux jours, la Noël. Un bidon recueille une gouttière au centre ma caverne. Un mois que nous ne nous sommes pas déshabillés : je commence à avoir des démangeaisons partout. Il y a quelques cas de gale et beaucoup de poux (moi pas encore). Enfin, il y a la délivrance de la France au bout….
15 janvier 1943 - Quart de 2 heures à 6 heures sous les étoiles. A 9 heures, le capitaine m'annonce que nous attaquons demains le fameux piton (côte 354) où le 2ème Tirailleurs a déjà perdu 40 morts et 53 blessés.
16 janvier 1943 - Arrivée de nuit sur un piton sinistre où j'installe en silence mes mitrailleuses. La position ennemie nous domine. Il me reste une ou deux heures pour dormir avant l'heure H….. Au matin, étrange calme : ciel bleu, chants d'oiseaux. 15 heures : effroyable préparation d'artillerie. Notre piton en tremble. A 15 h 25, je sors pour que mes mitrailleuses puissent tirer à 15 h 35. C'est à ce moment que j'ai le plus peur ; dès que je me trouve au milieu des obus, des shrapnells et des rafales, je n'ai plus la moindre crainte. A 15 h 35, la compagnie s'élance sur la pente rocheuse à 45°. Ca va bien jusqu'aux approches du sommet. Là, la boucherie commence. Les trois chefs de section sont tués. Trois fois, la compagnie reflue puis remonte en hurlant. Les pertes augmentent. La rage au cœur, le capitaine ; blessé lui aussi, donne l'ordre de repli, sous les tirs des avions ennemis. Sous la protection des tirs de mes mitrailleuses, au plus près des sections, retour par petits groupes sur la base de départ : les blessés gémissent, sans eau. Le capitaine pleure.
Samedi 30 janvier 1943 - Je recommence à écrire dans les mêmes conditions : les obus tombent, j'en ai assez de la tranchée. J'ai réintégré mon trou moins profond et plus large. Tout le monde souhaite la relève et le repos, non pour le danger, mais pour la vie que l'on mène. " C'est la misère ! " comme disent les tirailleurs….
5 février 1943 - L'ombre de l'autre soir est expliquée aisément par les tirailleurs : notre tranchée est creusée dans un cimetière : c'était un mort qui se promenait. De fait, on trouve des crânes en creusant et mon trou doit être une ancienne tombe. J'y dors très mal à causes des bêtes qui me piquent et surtout des rats qui trottent autour de moi dès la nuit. Mon télémétreur, Fellag, est un type extraordinaire comme intelligence et comme mémoire et il allie curieusement à ces dons une naïveté, une candeur déconcertante : " Comment, mon lieutenant, vous ne croyez pas que les morts reviennent souvent… ? " Ce soir, il s'est assis au bord de ma cagna et m'a raconté des contes des mille et une nuits avec beaucoup de couleur et de personnalité.
11février 1943 - Je touche des souliers : trop grands. Fellag croit tout ce qu'on lui dit : je lui ai montré sur T.A.M. les " capitaines femmes qui allaient nous faire l'instruction du matériel américain ; il était emballé…. Quand je lui ai dit que je l'avais fait marcher, Fellag m'a répondu : " Il faut croire dans la vie, mon lieutenant ". J'en ai presque honte.
2 mars 1943 - Arrivés à trois heures du matin dans un djebel boisé à l'ouest de Tebessa. Il paraît que, d'un moment à un autre, nous allons repartir vers l'avant. Le repos nous échappe encore…ça devient une vaste plaisanterie d'un goût douteux. Ces déplacements auront-ils une fin ? Quelle monotonie, quel ennui ! Le vrai remède serait de regarder de nouveau la création, les beautés de la nature avec des yeux de poète, des yeux neufs : cette plaine de Tébéssa, rose et violette, toute baignée de la lumière cendrée du couchant ; ces romarins qui crépitent et se tordent en rougeoyant dans le feu, ces pins au revers des collines si pareilles à celles de Provence que j'aime tant…. Ai-je perdu mes yeux de gosse ? Non, il ne faut pas.
17 mars 1943 - On fait, par section, une heure et demie d'instruction tous les matins et autant le soir. C'est le commandant qui a décidé cela pour reprendre son monde en main (et c'est très juste). A la section, cela se passe bien.
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