Les Chasseurs de Driant

Allocution prononcée par le secrétaire Promo


Il y a très exactement cent ans, les Chasseurs de Driant étaient à notre place, dans ce petit village meusien où ils avaient établi leurs cantonnements, à quelques kilomètres à peine de la ligne de front. Pour la plupart d'entre eux, il leur reste un peu plus de 200 jours à vivre… Car c'est ici, à VERDUN, que l'apocalypse va s'abattre sur ces hommes, dans quelques mois, au Bois des Caures. S'ils ne peuvent pas imaginer la fureur de ce qu'ils vont connaître, ils savent cependant que la bataille sera totale et qu'ils devront combattre jusqu'à l'extrême limite de leurs forces. Cette conviction leur a été inculquée par leur chef, le lieutenant-colonel Emile Driant, un homme exceptionnel qui est à leur tête depuis le début de la guerre.
Emile DRIANT a soixante ans et ne devrait pas se trouver là. Il a en effet quitté l'armée après une riche carrière militaire et s'est consacré à l'action politique. Depuis 1910, il est député de Nancy et, à ce titre comme en raison de son âge, il ne devrait pas avoir rejoint les rangs de l'armée. Mais DRIANT est avant tout un patriote. Toute sa vie d'officier trouve son aboutissement dans cette guerre de revanche depuis que, à l'âge de quinze ans, en 1870, il a vu les Prussiens déferler sur la France et envahir son village natal de l'Aisne, près de Reims.
Ces hommes pour qui il est aussi un père. Un père qui les aime et qui est aimé d'eux. Car il vit parmi eux, comme eux et partage tous les aspects de leur rude vie. Il veille, autant qu'il le peut, à leur confort matériel et psychologique. Il mobilise ses nombreux amis, souvent par l'intermédiaire de sa femme, Marcelle, pour faire parvenir à ses Chasseurs des colis remplis de menus cadeaux qui compensent l'isolement affectif dans lequel ils sont plongés depuis qu'ils ont quitté leurs familles, souvent restées en zone occupée par l'ennemi et dont ils sont sans nouvelles depuis des mois. DRIANT veille aussi sur leur vie, en évitant de faire tuer ses hommes inutilement et en leur faisant constamment réaliser des travaux de défense et de protection ou en leur faisant effectuer des exercices qui les entraînent au combat difficile qu'il pressent.
Toute sa vie d'homme, également, l'a conduit ici, face à l'ennemi. Car DRIANT est aussi un écrivain et toute son œuvre qui, à la veille de la guerre, a amené ce " Jules Verne militaire " aux portes de l'Académie française, a eu pour but, sans cesse, de promouvoir dans la jeunesse l'honneur, le courage, la fidélité et la défense de cette Patrie que, comme PEGUY, il ressent charnellement. Et c'est ici, à plus de 60 ans, en 1916, qu'il va mettre sa vie au service de son idéal.
Mieux encore ! Il va convaincre ses Chasseurs des 56ème et 59ème Bataillons de le suivre dans l'accomplissement total de leur mission. Car DRIANT est pour eux à la fois une sorte de dieu et un véritable père. Il est LE CHEF, dans toute l'acception du terme.

Par sa réputation, par ses fonctions d'élu, par ses relations avec de nombreuses personnalités, par ses liens avec de nombreux officiers qu'il a formés ou côtoyés lorsqu'il était instructeur à SAINT-CYR, DRIANT dispose en effet d'informations et de moyens d'action sans commune mesure avec ceux du simple officier supérieur qu'il est. C'est ainsi qu'il lui arrive parfois d'abandonner son képi de chasseur pour bondir à Paris " secouer ses collègues de la Chambre ", comme le disent ses hommes, qui l'imaginent tout puissant.
Ces hommes pour qui il est aussi un père. Un père qui les aime et qui est aimé d'eux. Car il vit parmi eux, comme eux et partage tous les aspects de leur rude vie. Il veille, autant qu'il le peut, à leur confort matériel et psychologique. Il mobilise ses nombreux amis, souvent par l'intermédiaire de sa femme, Marcelle, pour faire parvenir à ses Chasseurs des colis remplis de menus cadeaux qui compensent l'isolement affectif dans lequel ils sont plongés depuis qu'ils ont quitté leurs familles, souvent restées en zone occupée par l'ennemi et dont ils sont sans nouvelles depuis des mois. DRIANT veille aussi sur leur vie, en évitant de faire tuer ses hommes inutilement et en leur faisant constamment réaliser des travaux de défense et de protection ou en leur faisant effectuer des exercices qui les entraînent au combat difficile qu'il pressent.
Car DRIANT sait que l'attaque aura lieu ici, à VERDUN, ce lieu hautement symbolique de la France dont l'ennemi cherche à s'emparer. Et DRIANT prépare ses hommes à cet instant, dont il sait aussi qu'il sera le dernier, car c'est une lutte à mort qui va s'engager dans les bois sombres qui entourent VERDUN. Bien décidé à lutter jusqu'à la limite de ses forces pour remplir la mission et ne pas céder un pouce de terrain, DRIANT parvient aussi à en convaincre ses cadres, auxquels il dit, sans fioritures : " Tous ici, dit-il, nous sommes venus pour défendre notre pays envahi, nous devons au besoin mourir sur place pour ne pas céder à l'ennemi un pouce de terrain. Je sais que je puis compter sur vous, mais ce que je vous demande, c'est de faire mieux encore : obliger de mourir avec vous vos subordonnés, qui eux aussi, ont envie de vivre. Moi le premier, je donnerai cet exemple. " (cité par Emile ALLEAUME, Ancien chasseur de Driant ) Et à ses hommes, il se contente de dire, comme une évidence qu'ils admettent, après leur avoir décrit dans le détail ce qui va se passer, dans l'un de ses derniers ordres : " LES CHASSEURS NE SE RENDENT PAS ! "

Le 22 février 1916, ils tiendront parole, tous ensemble, jusqu'à la mort qui va les unir à jamais. Mais, en attendant ce jour, ils vivent pleinement, profitant de tous les instants de cette vie de " Poilus ". C'est cette vie quotidienne que nous avons voulu montrer dans cette exposition qu'accueille aujourd'hui la commune de Vacherauville, comme elle accueillait hier les Chasseurs de Driant, auxquels elle a liée son histoire.

C'est pourquoi je tiens à remercier tout particulièrement les habitants de Vacherauville qui, par l'intermédiaire de leur Conseil municipal et de leur maire, ont déployé une énergie considérable, depuis plusieurs mois, pour mettre au point cette exposition et l'ensemble des manifestations qui vont ponctuer cette année " DRIANT " qui s'ouvre aujourd'hui, en prélude au centenaire du combat du Bois des Caures, que nous commémorerons en février 2016. Je remercie également toutes les personnes qui, d'une manière ou d'une autre, ont contribué à la réalisation de ce projet qui permet de démontrer que, malgré le temps qui passe, nous n'oublions pas " ceux de 14 ".

J'espère que cette exposition recevra de nombreux visiteurs et notamment de nombreux jeunes, qui pourront ainsi découvrir, d'une manière originale et avec un regard différent, quels sont les soucis d'un soldat prêt à offrir sa vie à son pays, pour son honneur et pour la défense des siens. Ici, il ne sera pas question de combats et de batailles, mais de cette vie de tous les jours, faites de tous ces petits détails qui constituent le souci quotidien du soldat, qui n'a, lorsqu'il ne combat pas, que trois grandes préoccupations : " que va-t-il manger ? " où va-t-il dormir ? " comment va-t-il occuper le temps ?
Je vous invite maintenant à visiter cette exposition, au cours de laquelle, en découvrant ces aspects de la vie quotidienne des Chasseurs de Driant, vous découvrirez que ces hommes, qui vont devenir les héros du Bois des Caures, n'étaient pas des surhommes. Ils étaient simplement des Français ordinaires, mais des Français prêts à mourir pour leur Patrie, parce que c'était leur devoir d'homme. C'est pourquoi nous les avons appelés " DES HEROS ORDINAIRES ".