Reliure du bulletin par Simon TERRASSON

Lire le bulletin Promo est à la portée de tout le monde, le relier  est une autre affaire, que seul Simon TERRASSON pouvait réaliser. Il raconte son aventure.

La genèse de l'opération

Un mail de notre secrétaire bien-aimé, reçu à l'automne, disait à peu près ceci: "Simon, toi qui est un relieur émérite (là, je voyais venir quelque chose, mais je ne savais pas quoi… quoique!!!), pourrais-tu relier les bulletins de la promo…etc. et patati! et patata…! les fournitures sont, bien évidemment, à la charge de la promo…"
Je me doutais bien que dévoiler dans notre bulletin mes activités ludiques de retraité m'amènerait des ennuis…
Il profita donc de la mini réunion promo, celle de Cazères, le 20 octobre 2007, pour m'en apporter quelques-uns, mais surtout voir quelques livres ou revues que j'avais reliés auparavant, afin de se rendre compte… Hélas, il trouva cela à son goût et, quelques temps plus tard, je recevais la totalité des bulletins à relier.
Et en plus, il me suggéra (avec un regard insistant) de faire un article pour le dit-bulletin; pas folle la guêpe, il faisait ainsi d'une pierre deux coups.
Bon,  Simon, ce n'est pas le tout de tchatcher, mais il faut se mettre au boulot.
Parce que 30 bulletins, format 21x29,7, ça prend quand même un peu de temps…

D'abord, rassembler le matériel, le gros et le petit.....

Le gros:
au fond, 3 presses de relieur.
devant: à droite, une presse à grecquer, à gauche, une presse à main et derrière, une presse à endosser, toutes de ma conception.
Le petit:
Colles, ficelles, fil, équerre à talon, plioirs, cutters, ciseaux, râpe, marteau,  scie, pinceaux, de la toile à ponçage, une règle, des poids…
Les fournitures.

J'ai utilisé:
4 m2 de carton
5 m2 de toile
8 m2 de papier Ingres blanc pour les gardes blanches
8 m2 de papier teinte rouge sombre pour les gardes de couleur
2,5 m2 de carton (0,5m/m) pour la surépaisseur de la couverture avant
14 m de ficelles
18 m de fil
1l de colle plastique
0,75 l de colle papier
4 m de ruban à dorer…

…et passé quelques dizaines d'heures dans mon atelier (un bien grand mot pour un espace de 5 m2, dans une loggia attenante à ma cuisine…)

Le débrochage

J'ai enlevé la couverture et séparé les feuilles les unes des autres. Comme ce sont des livres collés, le mieux est de le faire à la râpe à bois, pour ensuite les séparer une à une à la main.
J'ai ensuite rajouté deux feuilles "Ingres" comme gardes blanches, à l'avant et à l'arrière du livre.

Le grecquage, le collage et la couture

Il s'agit de faire des encoches dans le dos du livre pour y glisser les fils et les ficelles.
Les fils serviront à la solidité du livre et les ficelles à pose des couvertures (en reliure on les appelle des plats).
Dans un livre cousu, il faut passer par l'étape intermédiaire de la couture à l'aide d'un cou-soir; mais ici, on passe directement au collage
On appelle grecquage les encoches pratiquées dans le dos des livres pour y incruster les ficelles et les coudre. Ce terme date du Moyen Âge, car cette technique venait de Byzance, donc du monde grec. Mais elle s'est surtout développée à la renaissance et a permis la dorure des ouvrages, les nerfs disparaissant. Il a fallu la période classique pour voir réapparaître les faux nerfs collés sur le dos: 5 aux XVIIème et XVIIIèmesiècles, 4 lors de la période romantique.
Avant de coller, il faut arrondir le dos (regardez tous les livres cousus ou reliés, ils ont tous un dos arrondi).
Je passe sur la technique, très empirique, d'arrondissure des dos pour livre collés, cela prendrait trop de temps…
Une fois arrondi, le livre est placé dans la presse à endosser, assez haut pour pouvoir le coller, afin d'y incruster les fils et ficelles.
Les deux mâchoires (des cornières en alu) resserrent le livre au niveau du dos
Une fois la colle bien sèche (une colle plastique, genre colle à bois, au séchage rapide, quelques dizaines de minutes selon l'épaisseur de colle), il faut effilocher les fils et ficelles pour qu'elles fassent le moins d'épaisseur possible.

L'endossure

L'endossure consiste à coucher les feuilles vers les mâchoires de la presse à endosser pour obtenir, outre un dos rond, des mors de l'épaisseurs des cartons (couvertures).
Après l'endossure, il faut coller une mousseline, sorte de toile très fine, style toile à jam-bon, pour renforcer le dos.
Une fois sèche, il suffit de coller les fils sur les gardes blanches, afin de solidariser l'en-semble.

La passure en carton

L'opération suivante consiste à la pose des cartons de couverture.
Elle commence par leur taille: dimension des feuilles, plus les chasses, c'est à dire 3 à 4 millimètres en tête, en queue et en gouttière.
On fait les encoches correspondant aux emplacements des ficelles, à 1 cm du bord.
Puis on enfile les ficelles dans ces encoches, par l'extérieur, pour pouvoir les coller à l'in-térieur.

1ère étape terminée! Ouf....

Une fois ce travail terminé pour les 30 bulletins, on peut faire une petite pause et boire un petit coup à la santé de ce… RONTUDJU de secrétaire… ,contempler son œuvre… et ce qui reste à faire… (Photo censurée)
Bon! Ce n'est pas le tout, mais il faut se remettre au travail et habiller ces bulletins.
D'abord, les tranchefiles, ces petites broderies qu'on colle en haut et en bas du dos.
En fait de soie, j'ai pris un tissu rouge roulé et collé sur un lacet en cuir.
Ensuite, j'ai collé sur la couverture avant un carton en surépaisseur, une fenêtre préala-blement découpée à la forme de l'insigne…
…puis la toile, bleue pour l'occasion; avec les tranchefiles rouges, ça rappellera les cou-leurs de nos insignes des 2 années.

La couvrure en toile

Moment délicat, puisqu'il faut absolument éviter les taches indélébiles, ainsi que les faux plis…
Collage du dos
....et des plats
…Puis il faut creuser à l'aide d'un plioir l'emplacement de l'insigne prédécoupé sur le car-ton de comblage…
…Avant de mettre sous presse, opération indispensable pour éliminer toute bulle d'air.
Une fois collée, la toile doit être "rempliée" c'est à dire qu'il faut la rabattre à l'intérieur des plats.
On coupe les coins…
…on rabat la toile à l'intérieur après encollage… en gouttière…
…en tête et en queue…
Bien rentrer la toile entre le livre et le faux dos (carton qu'on colle sur le dos du livre en laissant un espace en tête et en queue).

Toute cette opération est assez délicate: c'est à ce moment qu'il ne faut pas tacher la toile avec des traces de colle qu'invariablement on se met sur les doigts ou sur le plioir…

Bref… les 30 couvrures furent faites par "paquet" de 3, pas plus, pour éviter la routine…
Une fois la couvrure terminée, il faut passer au comblage des plats à l'intérieur, pour éviter une différence d'épaisseur: c'est un carton assez épais découpé et collé à l'intérieur des plats.

Gardes de couleur

Découpées aux bonnes dimensions, elles sont collées sur la garde blanche avec de la colle plastique et sur le plat avec de la colle de pâte (ou colle à papier peint classique): cette colle à eau a pour particularité de sécher lentement, 2 à 3 heures, pour cambrer le carton.
Il ne reste plus qu'à recouper les gardes dépassant au ras des tranches.
Et voilà le travail, vers la fin février 2008....!
On peut se reposer et boire un 2ème coup à la santé de ce… RONTUDJU… de secrétaire de promo… (Photo re-censurée)

Phase finale: la déco.....

La découpe des insignes qui orneront la couverture.
La dorure des dos: police de 4,5 m/m…
…les plats, police de 7 m/m…
…et les étiquettes, qui seront découpées et collées au dos de chaque bulletin.
Et après 4 mois de travail et plus de 200 heures passées sur les bulletins, voici le résultat final, le 11 mars 2008.
Ouf!!! …On peut enfin faire une pause et boire un 3ème coup à la santé de ce cher se-crétaire de promo… (Photo re-re-censurée)
Et le 17 avril 2008, livraison du paquet au secrétaire.
Et là, on peut prendre la photo et boire un quatrième coup!!!…

Le mot de la fin (par le Secrétaire)

Une splendide réalisation, digne de la promotion, et qui constituera sans doute une belle pièce de collection pour le Service Historique de la Défense, lorsque le temps sera venu d'y déposer les archives de la Promotion.
En attendant, Simon TERRASSON a bien mérité de la Promotion et le RONDTUJU de Secrétaire a été heureux de le remercier en lui offrant, au nom de tous, un buste de Driant qui trônera désormais sur son bureau pour lui rappeler ces nombreuses heures de travail.


Merci, Simon: tu es un véritable artiste!
Maintenant, le travail sera plus simple,
il suffira de faire les …..30 numéros suivants
au fur et à mesure……N'est-ce pas, Simon ?